World famous as "Got your flip flop ?" Quebecoise famous as " T'as-tu tes gougounes ?"
21 Septembre 2012
Autant l'avouer d'emblée, ce message est rédigé depuis le lit d'un hôtel de luxe et … Ah ! Au moment exact où j'écris ces lignes, on sonne à la porte, je me drape dans une serviette pendant que Bastien cache sa nudité de prêt-à-la-douche et le guide nous annonce que nous ne sommes pas dans le bon hôtel ! Tu m'étonnes ! On se disait aussi que cette vue sur la Croisette locale, cette abondance d'eau chaude, ces serviettes d'un blanc immaculé, cette entrée avec des colonnes en marbre (!) c'était pas tellement notre standing...
Le guide tout mimi et horrifié par cette terrible mistake nous a collé sur des mobylettes vers notre vraie turne et nous a promis de nous offrir des bières en compensation : voilà, ça c'est notre standing ! De toute façon on avait déjà utilisé tout le gel douche pour notre petite lessive et le soleil était presque couché sur la vue qu'on avait alors... pas de finish fastueux, mais direction un plus petit hôtel où on peut discuter avec les gens, partager leur pamplemousse et regarder des extraits d'incroyable talent sur internet... Quand j'entends Bastien et le réceptionniste se bidonner derrière moi, je sais que notre bonne étoile nous protège !
Arrivés à Hanoi mardi midi après une courte nuit entrecoupée d'avions, on est plongés immédiatement dans un bouillon où l'on se joue de nous... sans qu'on y perde en définitive. On a pris un taxi -vous étiez prévenus qu'on faisait les luxueux ici, les « jambons » comme on disait à Marseille...- et lui a demandé de nous amener à un hôtel particulier repéré dans le guide. Mais il nous a vraiment pris pour des jambons, nous a arrêtés devant un hôtel qui était bien loin d'être le nôtre (mais nous ne nous en sommes rendus compte qu'après). Là un petit gars avec un papier en main à l'en-tête de l'hôtel où nous voulions aller nous explique que l'hôtel est complet mais qu'il en a un autre pas loin avec des chambres pas chères du tout. Bien sûr on l'a cru et on a même trouvé la chambre beaucoup plus confortable que bien des chambres habitées jusque là. Alors on a sauté sur les lits avec joie !
Plus tard, dans le même esprit, prétextant l'arrivée pour le week end d'un typhon, il nous a convaincu aussi de partir vite vite visiter la baie d'HaLong, dès le lendemain, pour trois jours. Alors on s'est offert ce petit cadeau de ne s'occuper de rien pendant trois jours et de dormir une fois de plus sur un bateau.
Visite de la tourbillonnante ville d'Hanoi le soir-même : nous y reviendrons plus tard et plus longuement, mais déjà la vitesse, les couleurs, la légèreté nous ont éblouis.
On est donc allé à la baie d'HaLong. HaLong signifie « la descente du dragon ». On nous a donné plusieurs explications, la plus compréhensible étant celle-ci : alors que le pays était attaqué, un dragon est descendu sur terre pour défendre les habitants en crachant des perles et des pierres précieuses sur les ennemis, lesquelles perles et pierres sont devenues autant d'îles et d'îlets. 1969 pour être précis, facile à se rappeler puisque c'est... l'année où Ho Chi Minh est mort. Le cadre est monumental, mais envahi de bateaux d'où se déversent des tonnes de touristes que l'on suit docilement le long de la caverne « amazing » et les incroyables animaux et autre Bouddha que ces découvreurs y ont vus, le long des escaliers qui mènent au point de vue en haut de l'îlot nommé Titop (en hommage au président russe Ti Top nous explique le guide...), presque à la queue leu leu en kayak (même si on s'est trop éloigné et qu'on a fait attendre tout le monde). On a heureusement échappé à la soirée karaoké prévue à bord pour profiter du calme de la nuit au cœur des roches karstiques. Mais on n'a pas échappé aux plaintes des touristes sur les draps sales, le repas servi trop tôt, le rythme un peu militaire de l'ensemble... Bref on a fait les touristes sublimes et on a merveilleusement dormi dans une chambre plutôt raffinée, aux draps propres !
Réveil dans une brume qui ne s'est quasiment pas levée de la journée. Une brume qui impose le silence et titille les imaginations. Sur un nouveau bateau, on nous emmène doucement, presque sans faire de vague, vers notre prochaine destination, l'île de Cat Ba, l'île des femmes, ainsi nommée suite à une guerre où tous les hommes se sont rendus et ont tous péri. Le voyage a duré quelques heures, au cours desquelles les formes des îles se dessinaient lentement, émergeant chacune de la brume pour y replonger après notre passage. Après les lucioles féériques du Sri Lanka, c'est ici les bateaux pirates et les souffles des dragons qui sont convoqués. On s'attend à toutes les surprises venant déchirer ce voile silencieux.
Quelques maisons flottantes bordent le port de Cat Ba, vertes de façades perchées sur leurs bidons bleus. Un petit tour à vélo le long des murs abrupts et noirs, puis dans la campagne intérieure pour rejoindre un village où nous avons découvert le plus délicieux des fruits. Aux entrepreneurs désœuvrées qui nous liraient : il faut absolument en importer, nous ne pourrons plus vivre sans ! C'est une petite baie rouge qui pousse sur un arbre et s'appellerait « trung cà », suave comme une figue rôtie, qui évoquerait même le gambetta pour certains... Petite marche minutée dans une forêt infestée de cobras et de scorpions (mais en 20 minutes ils n'ont pas eu le temps de nous sentir) et à nouveau le bateau pour rejoindre le port où nous allons dormir. Le port de Cat Ba est digne des récits les plus fous. Qui pourrait réellement croire à cette ville sur l'eau, au cœur de cette forêt d'îles sorties de la mer comme des dents, une ville montée sur des tressages serrés flottant sur des bidons en plastiques, des centaines de maisons rouges ou vertes entourées de nattes de paille où courent les chiens, où cuisinent les gens, reliées par des barques? Accrochées à la roche, les habitations laissent un chemin central par lequel nous avançons, éberlués. Les activités quotidiennes deviennent à nos yeux des étrangetés fascinantes. Les gens se parlent, se déplacent, achètent et vendent, cultivent leur jardin de poissons comme si tout était normal... juste un peu brumeux et flottant, rien de plus !
Et puis au bout de la ville, on nous reprend en charge vers l'hôtel un peu trop luxueux pour nous et... vous connaissez la suite !